La Missa Dolorosa composée en 1735 par Antonio Caldara , une année avant sa mort ,est une oeuvre de vaste dimension . Sa destination pour une fête mariale «  festum septem dolorum beatae Maria virginis » explique l'allure d'une missa solemnis bien que trompettes et timbales ne soient pas sollicitées ( 2 trombones jouant colla parte avec les pupitres hommes sont d'usage à l'époque ). L'épithète DOLOROSA a été ajoutée plus tard par le compositeur en référence au texte du graduel : dolorosa et lacrimabilis es virgo Maria .

Chaque partie de l'ordinaire a son caractère propre ( tonalité , mesure , orchestration , style ) .

Kyrie, Gloria,Credo se terminent par des fugues expressives . Le Dona nobis pacem est la reprise du

Kyrie II , ils encadrent de manière symétrique la messe . Les airs des solistes et duos sont soutenus par des instruments obligatos qui participent avec volubilité au dialogue .

J'ai choisi cette messe parmi son vaste corpus connu , pas seulement pour sa célébrité, mais surtout pour son intérêt musical qui place la Missa Dolorosa parmi les chefs-d'oeuvres du genre .Le contrepoint dense ,les mélodies expressives, la cohérence de la structure sont les marqueurs de la parfaite maîtrise de Caldara .

 

KYRIE

Les cordes préludent en annonçant par trois fois mélodie et signature rythmique avec un effet d'écho . Le tutti amplifie brièvement ces éléments pour laisser place à l'envolée en tuilage des 4 voix solistes . Le retour du début interrompt ces vocalises et confère ainsi la symétrie de cette

première section se terminant par un accord majeur .

La partie centrale, à la dominante , est introduite par les violons qui anticipent la mélodie du Christe eleison . Soprano et basse soli , par leur dialogue imitatif , la développent . La ritournelle forme le lien entre leurs interventions ( mesures 39-47-57) . A la mesure 50 le thème se fragmente en implorations entrecoupées de soupirs et l'affect est amplifié par la ligne chromatique descendante tant aux instruments qu'aux voix . L'orchestre conclut à l'identique .

La 3ème section dans le ton de mi mineur initial est construite en forme de fugue -colla parte ce qui confère la solennité requise ( doublure des voix par les instruments ) . Le caractère vif du ternaire développe le sujet qui grimpe en intervalles conjoints , la ligne mélodique est disloquée par la chute de septième diminuée. Le contresujet apporte son énergie syncopée .

 

GLORIA

Et in terra pax est énoncé clairement par la réplique homophonique du choeur alors que les violons s'éclatent en notes répétées sur pax . Les cordes continuent leurs voltiges sur la déclamation pax hominibus pour aboutir aux vocalises du voluntatis . Petit jeu d'échange orchestre - voix sur in terra et suit la chute en chromatismes vers le grave - la terre -. Brusque remontée de la soprano sur laudamus et incises des violons sur la mélodie annoncée du glorificamus . La soprano se déploie en brillantes coloratures pour amener le choeur à sa conclusion gratias agimus et l'évocation en contrepoint serré colla parte de la magnam gloriam .

Ce sera l'alto qui nous envoie du ciel la parole de Dieu le Père . Les courtes interventions des violons virevoltent sur le long développement legato du soliste .

Le basson voulu par Caldara introduit le joyeux dialogue entre basse et ténor . Les mélismes sont repris en imitations tant à l'instrument obligato qu'aux voix pour se rassembler au filius patris .

Le changement d'atmosphère est induit par l'appel du qui tollis amplifié par la réplique du choeur en l'homophonie peccata mundi ( mesure 149 ) . Et d' implorer par les chromatismes la miséricorde et l'heureuse espérance du nobis sur l'accord parfait de DO majeur .

Le duo soprano/alto est introduit par l'unisson des violons , c'est à Jesu qu'ils s'adressent en évoquant de nombreuses fois son nom .

C'est la fugue à nouveau colla parte qui conclut cet épisode le plus développé de la messe . Elle se construit dans la majesté du grave à l'aigu .

 

 

 

CREDO

Le texte défile assez vite et en affirmation homophonique sur l'agitation des violons . Il est découpé par les solistes soutenus par la basse continue avec le figuralisme à ne pas manquer sur descendit .

Les voix et instruments évoluent en adagio par notes répétées dans un ambitus restreint .

Le jeu harmonique d'ombre et de lumière nous conduit à la certitude du dernier accord en majeur du homo factus est .

Beaucoup d'intériorité dans le cruxifixus confié aux quatuor de solistes qui se jouent des affects sur passus ( intervalle de quinte et chromatismes de la souffrance ), descente mélodique de sepultus est . Le seul accompagnement de la basse continue permet aux voix l'expression tout en retenue .

Les violons à l'unisson bondissent pour annoncer la résurrection et le choeur s'empare du message sur le perpetuum mobile des violons . La ligne descendante de la basse souligne la stabilité de sedet ad dexteram patris . Le passage des vivants à la mort est confié au court tuilage des voix de dames. Les solistes et tutti alternent jusqu'à l'attente scandée de la résurrection pour se ramasser en un point d'orgue unisson des cordes- point d'interrogation . Attaca la réponse positive sous forme de fugue sur et vitam venturi saeculi . Le violon alto nous revient avec les autres colla parte et le sujet s'envole en degrés conjoints vers les sommets de la vie éternelle .

 

SANCTUS

Triple appel majestueux et place à l'allegro du pleni sunt coeli . Le Hosanna sera repris à l'identique dans le respect de la tradition pour encadrer le BENEDICTUS . La brève introduction des violons à l'unisson servira de ritournelle entre les interventions du duo alto / ténor .

 

AGNUS DEI

Voix et orchestre se dissocient , les lignes mélodiques serrées et chromatiques des solistes s'enchaînent en contrepoint et amènent la conclusion du choeur sur un accord suspensif .

Toutes les forces se regroupent pour la fugue finale du dona nobis pacem construite sur un thème bondissant et syncopé en ternaire nous retrouvons le saut de septième diminuée .

La strette nous amène à la cadence qui s'illumine du majeur de l'accord final .

 

La maîtrise de l'écriture , l'élan ,le lyrisme de l'oeuvre ont fait l'admiration des contemporains pour Caldara et ...le nôtre !

 

Yves Wuyts